Trente années d’aventures

Hommage de Royal de Luxe à Etienne Louvieaux, le 15/04/2012 à Liverpool

"Trente années d’aventures communes ont forgé et riveté une amitié plus profonde que l’Océan et plus grande que le toit du Monde. Les mots ne peuvent être qu’une évocation bien timide face à l’infinie tendresse qui rayonnait de tes yeux. Une tendresse bienveillante et pudique, parfois chargée d’une lointaine tristesse qui rajoutait à ton sourire une forme de tranquillité paisible. Ces derniers temps t’ont vu quelquefois égaré ; peut-être par le poids de la vie qui accompagne nombre d’hommes qui ont vécu pleinement leur destinée chargée d’échecs et de victoires.

Tu avais une sorte de solitude grandiose et rebelle comme celle d’un enfant refusant systématiquement d’entrer dans un jeu d’adultes qui te paraissait surfait. Comme le choix de tes lieux d’habitation, qu’ils soient des caravanes, des camions ou l’immense salle à manger du château de Serrant, près de Toulouse, dont tu t’étais fait une chambre, un matelas dans un coin- période de vaches maigres- salle inchauffable où tu te permettais parfois de dormir les fenêtres entrouvertes, même en hiver, des sandales aux pieds nus, une allumette dans l’oreille. On eût dit un sage d’un autre temps, une couverture sur les épaules devant la cheminée, à chercher des idées jusqu’au petit matin où c’était l’heure d’aller dormir un peu.

Il y avait aussi des fous rires incroyables comme à Amsterdam, une voiture en flammes , à la broche dans un tramway, où le directeur, emporté par la folie de nos images, oubliant de détacher le camion pousseur, l’a vu se verser dans la fosse de réparation. Impossible à sortir un dimanche matin ! Le directeur avait oublié qu’il faut faire attention à jouer avec des gamins comme nous. Il s’agit bien d’une enfance immense. Quand j’apercevais tes yeux ébahis par la foule comme réunie dans une cour de récréation… Ou encore le sourire discret devant l’arbre qui a poussé dans la voiture. Tant et tant de souvenirs magiques construisent une véritable amitié entre les gens. J’ai toujours adoré ta fabuleuse démarche qui ressemblait à celle d’un funambule sur des fils invisibles : elle tenait probablement de ton cerveau toujours accroché dans les étoiles, que tu as su poser au bord de nos esprits. Ton imagination repose dans celle de Royal de Luxe comme une comète pleine d’amour pour les gens.

Je me souviens de toi, un repérage en Islande, accoudé au comptoir, une bière à la main, me disant : « et si on faisait un geyser ? »

Le geyser, c’était toi ! Adieu mon ami."

Jean-Luc Courcoult