Création 1985 Parades

Le retour de Roland de Roncevaux

Article de presse extrait du journal Sud-Ouest, le 13/07/1985.

Le Royal de Luxe n’est pas une troupe comme les autres. Si Jean-Luc Courcoult et ses amis ont choisi le théâtre de rue, c’est pour une raison évidente : le public s’y trouve déjà. En sept ans d’activités, ces comédiens ont monté des dizaines de spectacles en partant toujours du même principe : s’inspirer du lieu de la représentation, élaborer un scénario et un parcours –une mise en scène- à partir de l’histoire, des légendes, des mythes locaux. De Bayonne à Hambourg, de Toulouse à l’Italie, le Royal de Luxe a multiplié les images insolites et fortes drainant et trainant derrière lui un public de curieux et de badauds, faisant surgir la modernité au cœur des villes et retrouvant en même temps les origines de la représentation théâtrale, celle du foirail ou du parvis de l’église, celle qui existait avant l’invention de la scène à l’italienne. C’est en repérant les lieux entre la citadelle et la rivière que Jean-Luc Courcoult tomba sur la gare, la petite bâtisse carrée désaffectée depuis belle lurette avait triste mine avec ses fenêtres crevées, ses traces de squatt. Au bord d’une Gironde fangeuse, au bout d’une paire de voies rouillées et derrière deux butoirs orphelins de machines, elle attendait qu’on veuille bien la démolir. Il y eut comme un tilt dans la tête des saltimbanques : il fallait intégrer cette démolition à la geste de Roland, au feu d’artifice, en un mot faire de la gare de Blaye le plus chouette des pétards du 14 juillet. Et tant qu’on y serait, on ficherait le feu à la gare de marchandises, grand hangar de planches à une portée de caillou de là. Les services de sécurité mirent un bémol au projet. Pas question d’explosion, ni d’implosion, dirent-ils. On démolira la gare au bulldozer, sous l’œil de Roland, car Roland sera le héros de la fête. La légende veut en effet qu’après avoir été trahi par les Basques à Roncevaux et y avoir péri, Roland fut emmené en l’église Saint-Seurin à Bordeaux avant d’être enseveli à Blaye. Ainsi, grâce à un chevalier du IXè siècle, à une citadelle du XVIIè et à une gare du XXè, une sous-préfecture jusque-là bien tranquille va connaître à l’occasion du 14 juillet quelques heures sûrement parmi les plus délirantes qu’elle a jamais connues…

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